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Le slut-shaming : comprendre et contrer

9 oct.
3 min de lecture

« Habille-toi pas comme ça, tu vas attirer de l’attention non désirée. »

« Qu'est-ce qu'elle pensait qui était pour arriver en agissant et s'habillant comme ça? »

« Elle cherche juste l’attention »

« Savais-tu avec combien de gars elle a couché ? »


Ces phrases peuvent sembler banales. Pourtant elles participent à un phénomène bien réel : le slut-shaming. Les filles et les femmes sont encore trop confrontée à cette forme de violence genrée qui consiste à juger, humilier ou contrôler leur apparence, leurs comportements ou leur sexualité réelle ou perçue. Derrière ces commentaires se cachent des normes sociales qui imposent aux femmes des attentes contradictoires et difficiles à atteindre. 


Qu’est-ce que le slut-shaming ?

Le slut-shaming c’est une forme de stigmatisation sociale qui vise les filles et les femmes dont l’apparence, les comportements ou la sexualité sont perçus comme « trop » sexualisés ou non conformes aux attentes sociales. Il peut prendre plusieurs formes : 

  • Des insultes et moqueries ; 

  • Des rumeurs à caractère sexuel ; 

  • De l’humiliation publique ; 

  • Des jugements sur les vêtements ou l’apparence ; 

  • La diffusion de stéréotypes et de préjugés.

 

En d’autres mots, il s’agit d’une façon de sanctionner les femmes lorsqu’elles sont perçues comme sortant des normes établies. 

 

Plus qu’un comportement individuel : un problème social

Le slut-shaming ne relève pas simplement de quelques commentaires blessants ou de comportements individuels isolés. Il agit comme une forme de surveillance sociale qui impose des normes contradictoires aux filles et aux femmes : être attirantes, mais pas trop ; exprimer leur sexualité, mais seulement dans les limites jugées acceptables par les autres. 


Cette pratique s'inscrit dans un contexte plus large de culture du viol, où l'on a tendance à observer, juger ou remettre en question les comportements, les vêtements ou les choix des personnes ciblées plutôt que de responsabiliser ceux qui portent atteinte à leur intégrité. Lorsque des commentaires comme « Elle l'a cherché » ou « Elle savait ce qu'elle faisait en s'habillant comme ça » sont banalisés, ils contribuent à normaliser le blâme envers les victimes et à déplacer la responsabilité sur elles. 


Le slut-shaming repose également sur le double standard sexuel. Certains comportements peuvent être valorisés chez les garçons tout en étant critiqués ou sanctionnés chez les filles. Ce double standard contribue au maintien d'inégalités et au contrôle de l'expression de la sexualité féminine.


Il est aussi important de reconnaître que certaines personnes sont davantage exposées à ces jugements en raison d'autres formes d'oppression, comme la grossophobie, le racisme, le classisme, le capacitisme ou la transphobie.


Pourquoi est-ce si dommageable ? 


Au-delà du moment vécu, les conséquences peuvent être profondes : 


  • Honte intériorisée : La personne finit par croire les jugements qu’elle reçoit et ressent de la honte envers elle-même. 

  • Hypervigilance corporelle : Elle surveille constamment son apparence, ses vêtements ou ses comportements pour éviter les critiques.

  • Baisse de l’estime de soi : Les insultes et les jugements répétés peuvent diminuer la confiance en soi et le sentiment de valeur personnelle.

  • Confusion entre sexualité et validation : La recherche d’approbation des autres peut prendre plus de place que les propres désirs ou limites de la personne. 

  • Isolement social : Par peur du jugement, certaines personnes évitent des activités, se retirent de groupes ou s’éloignent de leurs pairs.

  • Difficulté à demander de l’aide : La honte et la peur d’être blâmée peuvent empêcher la personne de se confier ou de chercher du soutien. 

  • Déstresse psychologique : Le slut-shaming peut contribuer à l’anxiété, à la solitude et à une diminution du bien-être.

  • Impact sur les relations : Les expériences de jugement peuvent rendre plus difficile la confiance en soi et en les autres dans les relations futures. 


Comment pouvons-nous agir ? 

Pour contrer le slut-shaming, il faut changer notre regard. Plutôt que de questionner les choix ou l’apparence des personnes ciblées, il est essentiel de remettre en question les normes qui alimentent ces jugements. 

  • Éviter de blâmer les jeunes ciblées.

  • Remettre en question les normes de genre et les doubles standards.

  • Croire et écouter les personnes qui rapportent des expériences de slut-shaming. 

  • Favoriser des espaces sécuritaires et confidentiels pour demander de l’aide. 


Le problème n’est pas la façon dont une personne s’habille, se maquille ou exprime sa sexualité. Le problème, ce sont les jugements, les préjugés et les normes qui cherchent à contrôler sa liberté d’être elle-même. 


En remettant en question ces mécanismes, nous contribuons à créer des milieux plus respectueux, inclusifs et sécuritaires pour toutes et tous.


Emily Hann

Intervenante communautaire

 
 
 

1 commentaire


Très bien écrit et bien résumé. Ce phénomène qui ne date pas d’hier mérite d’être compris, discuté et partagé notamment aux adolescent.e.s.

Je vais le partager à mon entourage immédiat.

Merci madame Hann.

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