Disparues, mais pas oubliées.
- calacs9
- 4 mai
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Il y a des absences qui remplissent tout l’espace. Le 5 mai, elles sont partout.
Dans les cultures autochtones, la couleur rouge porte une signification profonde. C’est une couleur que les esprits peuvent voir, une couleur qui leur permet d’être guidés, de retrouver le chemin vers la maison.

Des robes rouges suspendues aux arbres, aux clôtures, aux balcons. Elles bougent doucement au vent, comme si un esprit vivant encore à l’intérieur. Mais elles sont vides, mais pleines d’espoir, l’espoir qu’un esprit puisse s’y reconnaître, s’y retrouver, être ramené chez lui.
Ces robes ne sont pas des décorations. Elles représentent des corps absents. Des voix qui ont été réduites au silence. Des femmes, des filles, des personnes bispirituelles autochtones qu’on n’a pas protégées. Qu’on n’a pas cherchées assez fort. Qu’on n’a pas crues.
Elles avaient des parents, des enfants, des familles. Elles avaient un nom. Pourtant, trop souvent, leurs noms ont été remplacés par des stéréotypes. Des questions insinuantes. Des silences policiers. Des dossiers classés. Quand une femme autochtone disparaît, on tarde à agir. On soupçonne son mode de vie. On banalise. On attend.
La crise des femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées (FFADA) n’est pas une série de tragédies isolées. C’est un échec systémique.
Un échec enraciné dans des fondations coloniales, où la vie des femmes autochtones a trop longtemps été considérée comme moins importante, moins urgente, moins digne de protection.
“Plus, de six femmes autochtones sur dix ont subi une agression physique ou sexuelle au cours de leur vie, et cette violence se répercute sur toutes les sphères de leur existence” (Statistique Canada, 2025).
Les filles et femmes autochtones sont représenté de façon disproportionnée des victimes de violence au Canada en raison des facteurs systémiques, notamment le colonialisme, le racisme, le sexisme, le classisme, ainsi que des lacunes dans les politiques publiques et les systèmes de justice.
Pour plusieurs familles, il n’y aura jamais de réponses. Elles ne sauront jamais où se trouve leur être cher, ne ce qui lui est arrivé. De nombreux cas de femmes et de filles autochtones n’ont pas été pris au sérieux par la police, ont été mal enquêtés ou n’ont jamais été résolus. Les familles des FFADA dénoncent souvent des délais importants dans les enquêtes, un manque de suivi, des attitudes racistes ou sexistes et une tendance persistante à blâmer les victimes.
Et pendant que les institutions hésitent, les robes rouges continuent de flotter et de s’ajouter. Silencieuses. Vides. Mais toujours porteuses d’un message. À nous d’assurer qu’elles soient entendues. À nous de soutenir les communautés autochtones. À nous d’exiger justice.
Le 5 mai marque la Journée nationale de sensibilisation aux femmes, aux filles et aux personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées. Cette journée est un moment de reconnaissance. Mais elle ne doit pas être la seule. La violence vécue par les femmes et les filles autochtones ne s’arrête pas le 6 mai. Les disparitions ne cessent pas. La lutte pour la justice et la sécurité des FFADA est continuelle. Elle exige plus que des symboles, elle exige des actions concrètes, des changements systémiques, une écoute réelle et un engagement durable.
Emily Hann
Intervenante communautaire



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